Le cirque de Mafate

Pour le « z’oreille », européen vivant depuis peu à la Réunion, mais aussi pour le créole, le nom de Mafate comporte une résonance secrète et un peu magique. C’est que nulle route n’y mène. Il faut y aller à pied, sac au dos et y passer au moins une nuit.

Vous laissez votre voiture, aux 1res lueurs de l’aube, au lieu-dit Le Bélier, dans le cirque de Salazie où le guide, et 2 porteurs vont attendront. Les sentiers sont nombreux, passé le rempart, et pour 3 jours, il faut du matériel : sac de couchage, réchaud, alimentation et lainage. Peu après, votre colonne s’élance sur les rampes du sentier ombragé qui lentement, vous mènent au col de la Fourche. Sol mouillé, humus, feuilles brunes, jaunes, vertes, racines, roches affleurantes alternent devant vous tandis que vous avancez sous les rayons du soleil qui percent maintenant les frondaisons des filaos et ajoutent de la lumière et des ombres aux coloris.

Puis c’est le col et le cirque de Mafate. La descente est rapide. Les 1ers bœufs à clochette apparaissent dans la forêt de tamarins des hauts, annonçant l’îlet la Nouvelle.

Le gîte de l’Office national des forêts offre propreté et simplicité. Les cases de bardeaux sont disséminées dans les champs de maïs et de lentilles, mais au moment d’en approcher et de saluer leurs habitants, on peut hésiter à faire irruption dans cette vie calme et paisible. Le fond continu des bruits diffus de la ville n’existe plus ici et chaque son, comme chaque senteur garde sa personnalité et sa signification. Familiers comme l’appel d’une mère ou les cris de la volaille, plus inattendus comme les tintements de cet épouvantail sonore destiné à effaroucher les moineaux fait d’un assemblage de boîtes de conserves vides reliées entre elles par des ficelles et qui s’entrechoquent sous les coups de bâton d’une fillette vigilante.

Une nuit fraîche et réparatrice, et c’est la 2e étape. Au départ de La Nouvelle, il faut franchir d’abord 500 mètres de dénivellation. Le passage a brusquement changé. Un sentier extrêmement étroit, bordé de saules pleureurs descend près du lit de la rivière, et le longe ensuite, autant qu’il est possible, dans un environnement chaotique de rochers détachés de la gorge et fracassés au sol.

Le village de Grand Place se découvre tout à coup, maisons tassées, entre la piste et le rempart. Il faut 20 minutes encore, d’un rude sentier pour atteindre Grand-Place-les-Hauts, village plus récent où se trouve la boutique. Conserves alimentaires, lampes à pétrole, savon, boissons diverses à peine plus coûteuses que sur la côte. Les jus de fruits sont les bienvenus. Les porteurs préfèrent un verre de rhum, le « petit coup d’sec » stimulant. Ils repartent à vive allure et referont avant la nuit, moitié marchant, moitié courant, empruntant souvent des raccourcis abrupts, la distance parcourue en 2 jours. Après ces 2 étapes, la charge s’est allégée, et vous pouvez la porter le dernier jour.

Il n’y a plus, le lendemain, qu’à descendre vers la mer en suivant le lit de la Rivière des Galets : c’est l’étape la plus longue. Après de fortes pluies, le flot s’élargit au point d’interdire tout passage. Par beau temps, il faut le traverser une 10aine de fois, au hasard des méandres du lit changeant de la rivière et du sentier que les Mafatais ont tracé pour sortir de leur cirque et rejoindre les communes du Port, et de la Possession.

Il arrive de croiser quelques habitants qui remontent, portant en équilibre sur la tête, la balle de riz familiale, ou, ô surprise, un cadre de lit tout neuf.

L’austérité grandiose du paysage s’atténue, et le lit s’élargit jusqu’à l’océan, se transformant en une plaine de galets. Pour cette randonnée un peu longue, il faut disposer de 2 à 3 jours. On en sera récompensé : de ce moment de nature vraie, on gardera un souvenir impérissable.

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