Le cirque de Salazie

Salazie est le cirque le moins difficile d’accès, et le plus vert parce que le plus arrosé. Retracer les grandes étapes de son peuplement, d’ailleurs semblable, pour l’essentiel, à celui des 2 autres cirques, c’est un peu faire l’histoire de La Réunion.

C’est en effet dans les cirques qu’au XVIIIe siècle les esclaves noirs de la côte fuyaient les maîtres trop sévères. L’appel de la liberté, ou le désespoir, leur donnaient le courage de risquer les châtiments qui les attendaient s’ils étaient repris : amputation d’une oreille, d’une main, flagellation.

Selon la légende, Anchaing, le plus célèbre des « marrons » se retrancha avec sa compagne sur un piton abrupt qui porte maintenant son nom, et du sommet duquel il pouvait surveiller tout Salazie guettant ainsi l’arrivée des chasseurs envoyés à ses trousses.

À l’abolition de l’esclavage, les Blancs les moins fortunés ne voulurent pas se soumettre au salariat qu’ils jugèrent contraire à leur dignité d’anciens maîtres. Aux contraintes de la société, certains d’entre eux préférèrent celles de la nature et partirent dans les hauts, où ils s’isolèrent dans les « îlets ».

Vie courageuse, digne, mais dure quand il faut pourvoir à tous ses besoins, même réduits au strict élémentaire. Ainsi, dans les « Écarts », là où les cirques offrent des surfaces cultivables, ils ont construit leurs cases de bardeaux, au toit de vetyver. La cuisine et le poulailler sont tout à côté, et l’ensemble entouré de cultures vivrières (maïs, haricot, manioc…) s’égaie de quelques fleurs.

Les fleurs des « hauts », arums, hortensias, lys, fuchsias, sont délicates et séduisantes. Achetées par plaisir ou pour faire plaisir à ces descendants des « petits blancs des hauts », elles meurent vite cependant à la chaleur du littoral, refusant de vivre dans un monde qui n’est pas le leur.

Parmi les plantes à parfum introduites à la Réunion vers les années 1870, le géranium occupe la 1re place bien que l’ylang-ylang et le vétyver soient également cultivés. Pendant plusieurs décennies, l’île eut le quasi-monopole mondial de la production de cette essence, et le géranium s’étendit dan la plupart des « hauts », les altitudes de 600 à 1400 m lui étant favorables sous ce climat. Puis vint la concurrence africaine et l’essence synthétique allemande. Actuellement, la coopérative et des accords professionnels s’emploient à régulariser les cours mais la récente crise économique secoue fortement le marché par les variations des niveaux des stocks et les comportements de spéculation et d’expectative qu’elle provoque.

À l’écart des cases, l’alambic est installé au-dessus d’un four et sous un auvent. On le bourre à l’extrême de feuilles de géranium, et la pose de la partie supérieure, qui fait couvercle, s’accompagne de soins attentifs avec l’adjonction de terre glaise pour assurer une étanchéité parfaite. La « cuite » dure plusieurs heures, et la précieuse essence, condensée par un long cheminement au travers d’un fût de refroidissement, coule enfin goutte à goutte dans une bouteille.

La ville d’Hell-Bourg connut sa grande époque avant la dernière guerre mondiale. Malgré un climat assez pluvieux, les curistes venaient aux « eaux » et appréciaient le paysage verdoyant. C’est maintenant une bourgade un peu délaissée ; elle semble endormie, mais ce n’est pas sans charme. En fin d’après-midi, nombreux sont les hommes qui s’assoient sur les marches de la « boutique-chinois », et, le chapeau sur la tête, discutent calmement.

L’hôtel des Salazes, peut être le point de départ de nombreuses excursions de longueur et difficulté variables, depuis la simple promenade en sous-bois jusqu’au sentier plus abrupt qui mène à la forêt de Bélouve.

Au sortir de Hell-Bourg, un court crochet s’impose pour aller jusqu’à la Mare à Poules d’Eau. Elle n’a plus la faune des temps passés mais sa calme verdeur est toujours appréciée des promeneurs, des groupes d’écoliers et des touristes étrangers.

Sur le bord de la route un peu plus loin, il est fréquent de rencontrer des groupes d’enfants vendant les uns des goyaves, les autres des fleurs ou de petits paniers tressés. C’est devenu pour eux nue sorte de jeu très sérieux que de pouvoir gagner quelques pièces avant la fin de la journée.

Avant de quitter le cirque, on admirera sous le soleil, à condition qu’il ait suffisamment plus les jours précédents, les hautes cascades d’argent qui tombent en s’élargissant : le voile de la mariée.

« Nous verrons la cascade à la bouche écumante

Épandre dans les airs une eau blanche et fumante. »

A. Lacaussade

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